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rov@higa

SUISSE – MADAGASCAR : LE BOUT DE LA ROUTE

15 Septembre 2011, 14:11pm

Publié par rovahiga

http://www.mondial-infos.fr/wp-content/uploads/2008/11/suisse.png

 

 

Nous célébrons la Journée Mondiale de la Démocratie en vous présentant la relation SUISSE-MADAGASCAR à travers deux articles de Samuel Jabert journaliste de Swissinfo.ch. Deux articles qui se veulent un témoignage poignant du réalisme suisse. Un exemple réussi de démocratie occidentale qui nous laisse songeurs. Nous n’avons pas l’ambition déplacée de comparaitre ce qui n’est pas comparable, mais retracer par ces articles la longue route que nos deux pays ont fait ensemble dans la recherche du bien être du peuple malgache qui n’aspire qu’à la sérénité et au progrès.

Cette présentation est très succincte, sans aucune autre prétention que de nous faire comprendre en deux mots ce que la Suisse porte comme regard sur notre pays. Le premier article  renferme une interview de Raymond Ranjeva qui parle de la crise qui sévit chez nous. Quant à la deuxième, il retrace ce que les suisses ont pu réaliser dans le domaine de la coopération entre les deux pays en cinquante ans. Le passé et le présent. Le futur ne dépendant que de nous.

 

rov@higa

 

 «Il faut revoir les bases du politique à Madagascar» 

http://www.swissinfo.ch/fre/dossiers/madagascar/Il_faut_revoir_les_bases_du_politique_a_Madagascar.html?cid=31045840  

Depuis la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina en 2009, Madagascar est embourbé dans une crise politique sans précédent. Pour le professeur Raymond Ranjeva, avant de convoquer de nouvelles élections, il s’agit de refonder l’Etat de droit sur la Grande Ile. 

Au deuxième étage d’une bâtisse du centre-ville d’Antananarivo, la capitale, se tient en cette fin de mois d’août 2011 une réunion entre représentants de différents courants politiques et organisations de la société civile malgache. Initiée par Raymond Ranjeva, la rencontre a pour but de partager les points de vue sur un projet de «réconciliation nationale», destinée à sortir Madagascar, qui fut longtemps un pays prioritaire de la coopération suisse, de la grave crise politique qui l’affecte depuis près de trois ans.
 
Certains l’accusent de rouler pour l’ancien président Marc Ravalomanana, contraint à l’exil et dont le retour fait partie pour beaucoup d’un préalable à la sortie de crise. Lui dit œuvrer pour une «transition neutre» englobant tous les acteurs de la société malgache. Mais Raymond Ranjeva peine cependant à masquer son hostilité à l’égard d’Andry Rajoelina, qui s’est accaparé le pouvoir en 2009 avec l’aide de l’armée.
 
Ancien vice-directeur de la Cour internationale de justice (CIJ) et descendant de la famille royale, Raymond Ranjeva dispose d’une grande crédibilité auprès de la communauté internationale. Son action suffira-t-elle à sortir le pays d’une crise politique qui affecte profondément la société et l’économie de tout un pays?
 

swissinfo.ch: D’Europe, on peine à comprendre ce qui se passe à Madagascar. Comment décririez-vous la situation actuelle? 

Raymond Ranjeva: Cette crise est effectivement difficile à comprendre. Au préalable, il est nécessaire de se poser deux questions: quelle était la véritable ampleur du mouvement populaire qui a conduit à la chute de Marc Ravolomanana? Et ensuite, quelle était la cause de ce mouvement? Lors de la prise de pouvoir d’Andry Rajoelina, les principaux bailleurs de fonds internationaux ne se cachaient pas d’avoir déjà envisagé la chute de Ravolomanana depuis quelques mois. Les émeutes de janvier 2009 n’ont été que le couronnement de leurs actions. 

swissinfo.ch: Cette crise n’est pas la première que connaît le pays…

R.R.: Fondamentalement, la crise malgache est une crise à répétition. Tout simplement parce que nous n’avons pas eu le temps de réfléchir aux problèmes fondamentaux de l’Etat depuis notre indépendance en 1960. Quel type de société, quel type de pacte social voulons-nous ériger à Madagascar? La seule fois où une telle discussion a pu avoir lieu, ce fut en 1973, au moment du passage de la première République au régime du général Ramanantsoa. Mais ces débats ont été escamotés, car les partis politiques ont eu peur qu’un nouveau pacte social et politique n’entraîne l’avènement d’une nouvelle classe de dirigeants politiques et ne remette en cause leur situation de rente.
 
On a ensuite vécu sur cette lancée. A chaque crise, on a refait les constitutions. Mais les problèmes de fond qui minent la société malgache n’ont jamais été résolus. La nature du pouvoir, fondamentalement clientéliste, n’est pas fondée sur une morale de résultats mais sur une morale d’intentions. Il est nécessaire de revoir les bases même du politique à Madagascar et c’est à quoi un régime de transition devrait normalement s’atteler. Autrement, le passage à la 4e République ne sera que le report à une date plus ou moins rapprochée de la survenance d’une nouvelle crise.

swissinfo.ch: Ces crises à répétition reflètent-elles des divisions profondes au sein de la société malgache?

R.R.: Il est nécessaire de faire la distinction entre les partisans politiques et l’ensemble de la société. Les hommes dits politiques n’ont jusqu’ici jamais eu la stature d’hommes d’Etat. Ce sont surtout des anciens fonctionnaires, réactifs, non créateurs, et incapables d’avoir une vision large de la société malgache. Il faut également reconnaître que la population est actuellement lasse, non pas des querelles politiques, qui ne les a jamais touchée, mais de la dégradation permanente du tissu économique.
 
Quant au problème du développement, il n’a pas été abordé de front. Comment imaginer le développement d’un pays sans création d’une demande solvable? On a préféré faire valoir les intérêts d’une économie de spéculation, une économie de comptoir. Le drame, c’est que le régime de Marc Ravalomanana s’est distingué par la remise à plat des bases de l’économie malgache. Mais en faisant cela, il a perturbé beaucoup de rentes de situation, créant un phénomène de déstabilisation et réunissant ainsi dans une coalition les opposants à cette vision.

swissinfo.ch: N’exagérez-vous pas le rôle joué par Marc Ravalomanana?

R.R.: Sous son autorité, le développement rural a pour la première fois été une réalité, car les commerçants et paysans malgaches n’acceptaient plus de vendre leurs produits à perte.
 
Aujourd’hui, on assiste à un désinvestissement et à la disparition du développement rural. Les produits de fabrication locale n’existent plus sur le marché, sans parler des pertes d’emplois et de l’exclusion des circuits financiers sains internationaux. Je n’ai jamais connu une telle situation de régression économique et sociale à Madagascar. Le pouvoir politique est otage du pouvoir économique.

swissinfo.ch: Que préconisez-vous pour sortir de cette impasse?

R.R.: Nous menons une démarche fondée sur la conciliation, au sens du droit international. Durant la transition neutre, il faudra imposer un moratoire sur tous les débats politiques et économiques, et revenir à l’Etat de droit, l’idéologie la plus simple. Pour cela, il suffira de démanteler la législation scélérate. Alors seulement, on atteindra l’apaisement. Et cela concerne non seulement les partis malgaches, mais aussi l’ensemble des protagonistes dans la crise.

swissinfo.ch: Andry Rajoelina souhaite organiser rapidement de nouvelles élections. Pourquoi lui mettre les bâtons dans les roues?

R.R.: Je vous réponds sur le ton de la plaisanterie. Dans un match, est-il possible d’être à la fois joueur et arbitre? Les expériences récentes sur le continent africain ont démontré que des élections préparées dans la hâte et la précipitation sont davantage source de problèmes que de règlements de différents.

swissinfo.ch: Quelles sont vos ambitions personnelles?

R.R.: Je veux uniquement sortir le pays de la crise. Je  suis déjà trop vieux pour envisager une carrière présidentielle.

swissinfo.ch: Et comment se présente la conciliation appelée de vos vœux ?

R.R.: Je préfère garder le silence là-dessus, la discrétion étant la principale règle de toute conciliation. Beaucoup de gens se posent des questions à mauvais escient, car ils ne connaissent pas le concept de conciliation. Je peux toutefois vous dire que je me base sur de précédentes expériences que j’ai eu à gérer lors de mon mandat à la Cour internationale de justice.

 

Samuel Jaberg, swissinfo.ch
de retour de Madagascar

 

 

 

50 ans d’aide suisse à Madagascar, et après?

http://www.swissinfo.ch/fre/dossiers/madagascar/50_ans_d_aide_suisse_a_Madagascar,_et_apres.html?cid=31033694&rss=true

 

Depuis les années 60, la Suisse a investi près d’un demi-milliard de francs pour le développement de Madagascar. Au 31 décembre 2012, ce soutien cessera officiellement. Sur la Grande Ile, malgré les craintes, on veut croire à l’effet durable des actions initiées par la coopération helvétique.

 

Une page va bientôt se tourner dans l’histoire des liens étroits qui unissent depuis près d’un demi-siècle la Suisse à Madagascar. Dans un peu plus d’un an, prendra fin l’ultime programme spécial financé par la coopération suisse sur la Grande Ile. Il ne subsistera ensuite qu’un maigre soutien financier à hauteur de 1,5 million de francs suisses par année.
 
«Formellement, nous partirons à fin 2012. Mais nous souhaitons maintenir une petite flamme vivante», souligne Lukas Frey, chef de projet à la Direction du développement et de la coopération (DDC). On est cependant loin des budgets de l’ordre de 15 à 20 millions de francs suisses qui avaient cours dans les années ’80-90, lorsque l’engagement suisse atteignait son apogée.
 
Le virage brutal marquant la fin des activités de la coopération suisse remonte en fait à 1996 et l’assassinat de Walter Arnold, coopérant suisse actif dans la construction de routes. L’émotion médiatique et le peu d’empressement côté malgache à retrouver les coupables avaient poussé le Parlement suisse de l’époque à exclure Madagascar de ses pays de concentration.

 

Des inquiétudes

Décidé au début des années 2000, le retrait se matérialise aujourd’hui alors que Madagascar traverse l’une des plus graves crises politiques de son histoire depuis le renversement de régime opéré par le maire d’Antananarivo Andry Rajoelina en 2009. De quoi susciter l’inquiétude à Madagasca: «C’est un mauvais signal donné aux autres coopérations bilatérales car la Suisse a fait office de pionnier dans le pays», dit Mamy Andriatiana, journaliste à l’agence de presse Médiascope.
 
D’autant plus que les sanctions financières prises par la communauté internationale à l’encontre du régime de transition ont eu un impact direct sur la population et aggravé l’insécurité alimentaire, qui frapperait désormais un Malgache sur deux, selon le rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation de l’ONU.
 
«La coïncidence est malheureuse mais nous comprenons ces préoccupations, souligne Nicola Felder, représentant de la DDC à Madagascar. Par ailleurs, la Suisse informe constamment ses partenaires sur les effets négatifs des sanctions internationales. Lorsqu’un Etat tourne à 70% grâce à l’aide extérieure, ce sont les plus pauvres qui souffrent en cas de fermeture des robinets».

 

Désengagement responsable

Même s’il est regretté par beaucoup, le désengagement suisse se veut responsable. Et il ne marque pas une rupture totale avec Madagascar. C’est en tout cas le message affiché par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), qui a confirmé lors d’une visite au mois de juin la présence de son ambassadeur. Il sera alors avec ses homologues allemand et français l’un des derniers rescapés de la diplomatie occidentale sur l’Ile.
 
Le petit budget alloué par la coopération suisse devrait quant à lui permettre de pérenniser les effets de SAHA, vaste programme de développement rural qui prend fin après dix ans d’activité. La finalité du projet, mis en place par la fondation suisse Intercoopération, est de soutenir un développement économique durable et de lutter contre la pauvreté. Pour cela, elle agit notamment  sur le renforcement des organisations paysannes et des filières agricoles, mais aussi sur l’amélioration de la gouvernance locale et la lutte contre la corruption.

 

Un choix pertinent

«Lorsque la transparence financière s’améliore, la commune doit être redevable devant la population. Les services s’améliorent, les citoyens paient plus facilement des impôts, d’autres actions concrètes peuvent être menées. Les autorités gagnent en popularité et se font réélire, ce qui incite d’autres communes à agir de la sorte. Nous créons un cercle vertueux depuis la base», souligne Estelle Raharinaivosoa, directrice nationale du programme SAHA.
 
En agissant sur le niveau socio-organisationnel, le savoir-faire perdure même après un retrait financier. «Notre départ fait donc du sens. Ce n’est pas comme si nous laissions des infrastructures sans maintenance», image Lukas Frey. «Les citoyens et les autorités locales ne sont plus des assistés mais deviennent les responsables de leur propre développement», souligne Parfait Randrianitovina, expert en gouvernance et employé de SAHA.
 
SAHA récolte les applaudissements de la majorité des acteurs présents sur la Grande Ile. Banque mondiale, Commission européenne, universitaires spécialisés dans les questions de développement, tous louent la pertinence d’un programme appelé à résister aux crises politiques cycliques qui frappent le pays depuis son indépendance. Dans un rapport daté de 2010, le Centre on Conflict, development and peacebulding de l’université de Genève souligne la vision «proactive» de la décentralisation de SAHA, «contrairement à d’autres programmes et politiques qui emploient une vision beaucoup plus technocratique».

 

ONG locale

A un échelon supérieur, la Suisse a également participé ces dernières années à l’élaboration de nouvelles lois, notamment celle sur la décentralisation. Après 2012, elle compte bien rester active dans l’appui de certaines politiques sectorielles, en matière de droit foncier notamment. «Nous sommes pratiquement les seuls à pouvoir nous baser sur 50 ans d’expérience dans le pays. C’est grandement apprécié dans les ministères, et ce quels que soient les gouvernements qui passent», soutient Lukas Frey.
 
SAHA, elle, se muera en ONG 100% locale. «Mais nous lançons un appel aux autorités suisses pour qu’elles nous accompagnent dans la phase de lancement», dit Estelle Raharinaivosoa, qui ne cache pas une certaine appréhension. Sur le terrain, l’inquiétude est beaucoup plus palpable. Non seulement de la part des employés de SAHA qui vont perdre leur travail, mais également des milliers de bénéficiaires du programme.
 
Marie Philibertine Razanamalala, présidente d’une organisation paysanne faitière active dans la filière soie, en fait partie: «SAHA nous a beaucoup appuyés techniquement et administrativement pour la commercialisation et l’exportation de nos produits. Mais nous n’en sommes qu’au début et il va être difficile de pérenniser notre activité sans leur soutien».  
 
Au-delà de la peur du saut dans le vide, le départ suisse a aussi sa dimension émotionnelle. Fanja Randrenalijaona, collaboratrice de longue date de la DDC et d’autres coopérations occidentales, affirme ainsi: «Les Suisses sont à la fois humanistes et pragmatiques, ils vont nous manquer».

 

Samuel Jaberg, swissinfo.ch
de retour de Madagascar

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