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rov@higa

Madagascar Résistance : Sortie de crise et elections

24 Mai 2011, 21:52pm

Publié par Les inconditionnels de Madagascar

Cet article devrait passé avant celui publié le dimanche 22 dernier. Nous vous prions de nous en excuser

 

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Lettre numéro 61 – mai 2011
Sortie de crise et élections

 

http://www.zinfos974.com/Madagascar-Resistance-Sortie-de-crise-et-elections_a28909.html
La Coordination Nationale des Organisations de la Société Civile malgache(CNOSC) a publié le 19 avril dernier son quatrième rapport portant sur la recherche d’une sortie de la crise que traverse la Grande Ile depuis le coup d’Etat de 2009. (Voir en annexe sur notre blog l’intégralité de ce rapport)

Rappelons pour mémoire que la CNOSC rassemble des associations ainsi que des organismes non gouvernementaux qui existaient et étaient actifs avant la crise, et qu’à ce double titre, et contrairement à certaines associations créées récemment (et fort opportunément ?), elle peut se prévaloir d’une réelle représentativité à l’échelle nationale à Madagascar.

Cette représentativité lui avait valu, après le refus d’Andry Rajoelina de mettre en application les accords de Maputo et d’Addis Abbeba, d’être habilitée à jouer le rôle de « principal acteur de la médiation malgacho-malgache, en vertu du partage des rôles avec le Président Joachim Chissano », médiateur international mandaté par la SADC.

Etrangement, lors de sa dernière mission à Madagascar en janvier dernier, et en l’absence de Joachim Chissano, l’adjoint de ce dernier, Leonardo Simao, a totalement ignoré la CNOSC. C’est donc en l’absence de concertation avec l’entité la plus représentative de la société civile malgache que Leonardo Simao a rédigé en janvier une feuille de route de sortie de crise.

Selon le rapport de la CNOSC, cette feuille de route est « génératrice d’ambiguïtés, de subterfuges, de reculade et de fausses bonnes solutions » et « le temps mis pour la mettre au point, la méthode utilisée pour la faire accepter par les protagonistes de la crise, le délai pris pour l’acter, les interprétations qui en ont été faites et les décisions qui s’en inspirent constituent de graves gâchis et, au lieu d’éclaircir, bouchent l’horizon de sortie véritable de la crise ».

Le rapport ajoute que Leonardo Simao « s’est fait complètement manipuler par des forces politiques qu’il est censé réconcilier et réguler ». Si l’on considère en outre que les mouvances Zafy Albert, Ratsiraka et Ravalomanana, signataires avec Andry Rajoelina en 2009 des accords de Maputo et d’Addis Abbeba, ont toutes trois rejeté cette feuille de route très favorable au régime de fait, on est très loin de la sortie de crise inclusive et consensuelle qui conditionne la reconnaissance internationale du régime de transition à Madagascar. Raison pour laquelle, vraisemblablement, cette feuille de route n’a pas obtenu la validation de la troïka de la SADC qui a préféré s’en remettre au prochain sommet extraordinaire prévu le 20 mai prochain.

La crise s’en trouve rallongée de plusieurs mois supplémentaires, et selon la CNOSC, « Sans lui permettre d’être totalement légitime, légal et effectif, cet état d’indétermination et ce statu quo indécis favorise uniquement le pouvoir de fait qui se complaît, avec les forces politiques et les puissances étrangères amies, à faire prolonger une régence bâtarde et usurpée ».

Outre la représentativité de la CNOSC à l’échelle nationale déjà mentionnée plus haut, la qualité et la crédibilité de son présent rapport viennent également de la méthodologie adoptée pour le rédiger. Les constats s’appuient sur l’analyse approfondie du nouveau contexte international qui comprend aujourd’hui les enjeux miniers, et qui, contrairement aux crises de 1972, 1991 et 2002 dont les résolutions avaient impliqué essentiellement la France, voit l’entrée en scène d’autres acteurs tels que les Nations Unies, l’Union Européenne, la SADC, la COI, ou le Japon et la Chine « discrets politiquement mais bien présents dans les investissements ».

Selon le rapport, ces pays « ont tous en commun de ne pas reconnaître un régime issu d’une prise de pouvoir anticonstitutionnel ». La CNOSC considère que la France avait été plus « flexible » sur ce point, mais que « l’arrivée de M. Alain Juppé comme Ministre des Affaires Etrangères a clarifié le soutien (de la France) à la SADC ».

Cette appréciation par la CNOSC de la position française actuelle, marquerait une évolution positive et confirmerait les espoirs que nous exprimions en écrivant à propos de la nomination d’Alain Juppé à la tête de la diplomatie française : « Il est vrai qu’aucun changement notable en faveur des Africains n’a pu être noté lors de son premier passage aux Affaires étrangères entre 1993 et 1995. Pour autant, il n’est pas interdit de penser que sa nouvelle nomination à ce poste est susceptible d’introduire aujourd’hui des éléments positifs dans les relations entre la France et l’Afrique. Et cela pour les raisons suivantes : d’une part, il semble qu’Alain Juppé soit plus en mesure que Bernard Kouchner et Michèle Alliot-Marie de mettre fin à la diplomatie parallèle et affairiste menée par certains amis « françafricains » du président français, et d’autre part, les révoltes actuelles qui secouent les dictatures pourraient bien s’étendre à l’Afrique subsaharienne ». (Madagascar Résistance n°52, mars 2011) ;

Ce rapport analyse également l’environnement socioéconomique, les enjeux cachés pour le pouvoir de facto en place, l’organisation et la tenue du référendum constitutionnel qui n’a pas été reconnu par la communauté internationale, ainsi que les risques inhérents à des élections précipitées.

Sur ces sujets également, l’analyse et les conclusions du rapport de la CNOSC rejoignent sur de nombreux points ce que nous avions écrit dans des numéros précédents. (Voir notamment à propos des élections sur notre blog « Pas d’élections dans n’importe quelles conditions ! », Madagascar Résistance n° 23, juillet 2010 – « Ensemble, mettons-nous au service de Madagascar » n°38, novembre 2010 - « Se préparer à l’après crise », n° 39, novembre 2010).

Ce rapport de la CNOSC s’achève par des propositions d’actions concrètes à entreprendre que nous reproduisons ci-dessous, et auxquelles nous adhérons totalement.

Concernant les élections
 
« Outre les textes régissant le processus électoral dans son ensemble, toute la chaîne du processus électoral doit être reconsidérée, diagnostiquée et revue (recensement de la population électorale, révision et contrôle des listes électorales, impression et distribution des cartes électorales au niveau des fokontany (circonscriptions administratives de base et dans lesquelles sont placés les bureaux de vote), organisation et déroulement des votes aussi bien dans les grandes villes que dans les villages les plus éloignés, médias publics, etc. La nécessité d’intégrer environ 3,5 millions de personnes « oubliées par le passé» ou en âge de voter aujourd’hui…. requiert, d’après les experts des nations Unies, un travail de près de 11mois (recensement, carte d’identité nationale, etc.)…. L’accès aux médias publics (radio et télévision) reste à ce jour monopolisé par les seuls membres du pouvoir de facto et ses alliés. Les radios et télévisions privées (plus d’une cinquantaine) qui n’adhèrent pas à la ligne politique du pouvoir de facto ont été fermées.

Au vu des préparatifs et des opérations que des élections au moins acceptables exigent, il est irresponsable de penser que des élections fiables et crédibles puissent se tenir de manière précipitée en cette année 2011. Le forcing électoral peut être criminel….. A cet effet, des membres de la communauté internationale favorables à des élections d’ici la fin de l’année 2011 sous prétexte d’abréger la souffrance de la population malgache devraient réviser leur position et faire preuve de plus de réalisme. En l’occurrence, vouloir organiser des élections dans les plus brefs délais viendrait à faire courir le risque de plonger, à terme, Madagascar dans un chaos proche de celui que connaissent ou ont connu des pays comme la Côte d’Ivoire, le Bénin, Djibouti, Haïti, etc. Il est à noter que différentes missions venues auparavant à Madagascar (nations Unies, OIF, SADC, etc.), après visites et discussions avec divers responsables compétents sur place, ont préconisé une très grande prudence et surtout de ne pas confondre vitesse et précipitation…. Il importe de tenir compte de l’avis des Nations Unies qui en aucun cas ne veulent financer des élections bâclées et pouvant être source de troubles. On peut, sans trop craindre de se tromper, que les positions par exemple de l’Union Européenne et des USA sont proches de celle des Nations Unies. »

Autres propositions concrètes

« Pour la CNOSC, le postulat de base est de trouver une sortie de crise politique consensuelle et durable. Cela nécessite un processus consensuel, inclusif, impartial, neutre et non violent. Une reprise du Dialogue malgacho-malgache par la médiation nationale est inévitable, de concert avec la SADC en particulier et le Groupe International de Contact Madagascar (GIC-M) en général.

Afin de favoriser un climat d’apaisement, toutes les provocations et toutes les intimidations d’où qu’elles viennent ainsi que les arrestations politiques doivent cesser.

Il faut aussi entamer le processus de réconciliation nationale pour favoriser la paix sociale ainsi que le vivre ensemble dans la compréhension réciproque et la tolérance mutuelle.

Parallèlement au Dialogue, à défaut ou dans l’attente d’un accord de partage de pouvoir consensuel, la CNOSC pense que la communauté internationale, dont la SADC, doit appuyer les organisations de la société civile à mettre en place un environnement favorable à des élections impartiales et crédibles. Pour ce faire, l’éducation citoyenne pour des élections justes et incontestables a pour préalable de préparer les textes fondamentaux ci-après, de la manière la plus consensuelle possible : code électoral, loi sur la Commission électorale nationale indépendante (CENI), loi sur les partis politiques incluant le statut de l’opposition et le financement des partis, code de la communication.

Si la sortie de l’actuelle crise est mal négociée, sans hésiter on peut annoncer qu’une nouvelle crise va arriver. Personne ne le souhaite, d’où l’obligation de réussir ».

Que peut-on ajouter, suite à la lecture de ce rapport ?

Peu de chose, sinon qu’ayant été rédigé par une entité hautement représentative de la société civile malgache, et non impliquée dans la lutte politicienne pour le pouvoir, il nous conforte dans la ligne rédactionnelle que nous avons assignée à Madagascar Résistance : la défense des principes républicains, de la légalité constitutionnelle, et des intérêts vitaux de Madagascar. N’en déplaise à ceux qui considèrent nos critiques contre le régime issu du coup d’Etat comme une propagande partisane en faveur de Marc Ravalomanana, en dépit de nos efforts pour faire comprendre qu’être légaliste ne signifie pas être inféodé à une personne.

Formons le vœu que les Nations Unies, l’Union Européenne, la SADC, ainsi que les pays véritablement soucieux de l’avenir de Madagascar, parviennent à convaincre « certains membres de la communauté internationale » comme les nomme diplomatiquement la CNOSC, de changer enfin de position et de ne plus encourager des élections mal préparées qui ne seraient plus alors qu’un blanchiment du coup d’Etat.
Formons le vœu que la décision du sommet extraordinaire de la SADC qui se tiendra le 20 mai 2011 reste fidèle aux principes démocratiques proclamés par ses textes et par la Charte de l’Union Africaine.

Mais les enjeux étant ce qu’ils sont, et la morale étant souvent absente des relations internationales, restons vigilants et prêts à poursuivre le combat.

Car, quoi qu’il arrive, nous ne renoncerons jamais à voir la démocratie rétablie à Madagascar !

Les Inconditionnels de Madagascar,
À l’Ile de la Réunion

 

Lundi 23 Mai 2011 - 16:12

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