Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
rov@higa

Madagascar Résistance : Non, la Françafrique n’est pas morte ...

15 Septembre 2011, 10:52am

Publié par Les inconditionnels de Madagascar

http://static.blog4ever.com/2010/02/390826/artimage_390826_2586326_201003192206499.jpg

 

 

Madagascar Résistance : Non, la Françafrique n’est pas morte : elle est en œuvre à Madagascar

http://www.zinfos974.com/Madagascar-Resistance-Non-la-Francafrique-n-est-pas-morte-elle-est-en-oeuvre-a-Madagascar_a32152.html

 

Non, la Françafrique n’est pas morte : elle est en œuvre à Madagascar
On la disait sur le déclin. On la disait moribonde. Le président français, Nicolas Sarkozy n’avait-il pas annoncé "une rupture" avec les anciennes pratiques françafricaines ?

Pour le malheur de l'Afrique francophone en général et de Madagascar en particulier, il n'en a rien été

Pour de multiples raisons, parmi lesquelles figure sans doute cette difficulté qu’ont toujours eue les dirigeants français de s’adapter aux changements, contrairement aux Anglo-saxons souvent plus pragmatiques. Le général De Gaulle fait en cela figure d’exception, en créant la Françafrique - pour le malheur des Africains mais pour le grand bénéfice de la France -, quand le retour des indépendances des colonies fut inévitable.

Aujourd’hui, alors que la donne a changé avec l’émergence de nouvelles puissances mondiales, mais aussi avec un nouvel état d’esprit chez les populations africaines, les dirigeants français sont dans l’incapacité de modifier cette politique africaine et s’en tiennent encore aux pratiques de la Françafrique : volonté de favoriser par tous les moyens les intérêts des groupes industriels français, avec tout ce que cela entraîne inévitablement, notamment d’intervenir dans le choix des chefs d’Etat, quitte à fomenter des coups d’Etat ou à soutenir des dictateurs.

Mais ce manque de vision à long terme et de pragmatisme n’est pas la seule cause de ce conservatisme politique.
La disparition de Jacques Foccart a galvanisé les ambitions d’un personnage comme Robert Bourgi qui se voyait lui succéder comme intermédiaire incontournable entre les dirigeants français et ceux de leurs anciennes colonies. Il allait s’activer pour s’approprier ce qu’il voyait comme un fond de commerce à prendre.

Pour le plus grand malheur de Madagascar, plusieurs évènements survenant à la même période (2007-2008) allaient avoir sur la Grande île des impacts cumulés dévastateurs:

fin du dernier mandat du président Chirac et élection de Nicolas Sarkozy ; mainmise du nouveau secrétaire général de la présidence de la république française, Claude Guéant, sur la politique étrangère de la France ; erreurs et maladresses commises par le président Marc Ravalomanana réélu pour un second mandat.

Le second mandat de Jacques Chirac avait vu le réchauffement des relations entre Paris et Antananarivo, chacune des deux parties étant convaincue de la nécessité de tourner la page après l’hostilité manifestée par la France envers l’arrivée au pouvoir de Marc Ravalomanana en 2002. Le président français visita deux fois Madagascar au cours de ce mandat.

Après l’élection du président Sarkozy, par contre, ce fut un groupe informel composé notamment de Claude Guéant, de Patrick Balkany et de Robert Bourgi qui dirigea la politique africaine de la France, court-circuitant souvent le Quai d’Orsay. S’en suivit une série de coups d’Etat en Mauritanie, au Niger, en Guinée et à Madagascar où Marc Ravalomanana venait d’être réélu pour un second mandat.

Ce fut précisément cette réélection, obtenue par des élections organisées selon les normes démocratiques, qui renforça la détermination de ses adversaires, à l’intérieur et à l’extérieur, de le chasser du pouvoir par tous les moyens. Trop confiant dans sa popularité compte tenu de ses réalisations dans le domaine des infrastructures routières, de l’accès à l’école et de la santé de base, et mal conseillé par un entourage trop soucieux de lui plaire, Marc Ravalomanana baissa sa garde et oublia que la France n’avait jamais voulu de lui et ne l’avait reconnu que contrainte et forcée par la reconnaissance du reste de la communauté internationale. Cédant à son goût immodéré pour les actions rapides, il ne prit pas le temps de mûrir certaines décisions et de bien les expliquer à la population avant de les entreprendre. Ainsi, si l’achat du premier avion présidentiel ne fut jamais contesté au vu des retombées diplomatiques et économiques des nombreux déplacements effectués, la raison de l’achat du deuxième avion présidentiel n’ayant pas été expliquée, cet achat fut présenté par ses adversaires comme un caprice coûteux, dont le financement n’avait pas de surcroît respecté l’orthodoxie budgétaire, même s’il n’y avait pas eu enrichissement personnel. Le projet de location de terres agricoles à une société sud-coréenne sous bail emphytéotique de longue durée fut un autre exemple de précipitation et de mauvaise communication, rapidement exploité par ses adversaires politiques intérieurs et extérieurs. Ce projet touchant le domaine on ne peut plus sensible de la relation du Malgache avec la terre, aurait dû être débattu, notamment avec les chefs traditionnels des régions concernées afin de bien expliquer les avantages offerts et de recueillir leurs avis et conseils. Le ministre en charge du projet et les techniciens ont ainsi réédité les erreurs déjà commises sous les régimes précédents, en ne prenant pas en compte la dimension sociologique et culturelle d’un projet de cette importance. Ils n’ont ainsi pas été en mesure de bien conseiller le président. Ceux qui voulaient la perte de Marc Ravalomanana eurent beau jeu de crier à la trahison et de présenter un projet de location encore en phase d’étude comme une vente déjà effective de la terre des Ancêtres.

Marc Ravalomana n'avait pas droit à de telles erreurs après avoie été, en 2002, celui qui avait été élu sans la bénédiction de la France. on connaît la suite.

Jean-Marc Châtaignier, ambassadeur de France à Antananarivo, homme de cabinet ministériel - donc très politique - et non un diplomate de carrière, arrivé comme par hasard au lendemain du putsch alors que le poste était vacant depuis plusieurs mois, et dont l’accréditation ne se fit pas dans les normes internationales, son pays ne reconnaissant pas officiellement un régime issu d’un coup d’Etat, ne fit jamais mystère de son soutien actif aux putschistes malgaches. Par ailleurs, Alain Joyandet, alors nouveau secrétaire d’Etat français chargé de la coopération après que Robert Bourgi et Omar Bongo eussent obtenu la tête de son prédécesseur Jean-Marie Bockel, proclama dans le style brutal qui caractérisait désormais la diplomatie africaine de la France, ses projets pour le futur. (Voir quelques extraits de ses déclarations en encadré ci-dessous).

"L’implantation des entreprises françaises en Afrique est l’une de mes priorités", interview à lejdd.fr, 20 mai 2008.
"J’ai des convictions mais je veux aussi défendre notre pays et ses parts de marché", propos rapporté par lejdd.fr, 19 juin 2008.
[Le détournement d’argent public en Afrique ?] "Ce sont vraiment des sujets qui ne me semblent pas devoir être au cœur de (…) notre expression", interview à France 24, 20 juin 2008.
"Si nous ne sommes pas les partenaires économiques privilégiés, alors on ne pourra plus défendre nos valeurs", Interview à France 24, 20 juin 2008.
"Il ne faut pas qu’on se fasse prendre notre place par des puissances émergentes ». « On veut aider les Africains, mais il faut que cela nous rapporte", Interview à Libération, 24 juin 2008.
"J’ai créé ma première boîte à 24 ans, sans un rond, c’était bien plus compliqué de faire cela que de s’occuper de l’Afrique!", interview à Libération le 24 juin 2008.
"C’est nous qui allons envoyer des cerveaux", réponse à France 24 le 20 juin 2008 suite à une question sur l’immigration choisie.


L’équipe de "Madagascar Résistance" a été attaquée avec virulence chaque fois que nous avons dénoncé ce soutien apporté par le gouvernement français aux auteurs de coup d’Etat en Afrique en général et à Madagascar en particulier. On nous a accusés de faire preuve d’hostilité systématique envers la France.

Mais le livre de Pierre Péan, "La République des mallettes" qui sort ce 14 septembre, ainsi que les récentes déclarations fracassantes et fortement médiatisées de Robert Bourgi – disciple de Foccart et jusqu’à ces derniers temps, conseiller officieux pour l’Afrique du président Sarkozy - démontrent, si besoin était, que l’équipe de "Madagascar Résistance", comme l’ensemble des légalistes malgaches, étaient dans le vrai en dénonçant le rôle de la Françafrique dans le déclenchement de la nouvelle épidémie de coups d’Etat qui frappe depuis trois ans l’Afrique continentale et Madagascar, ainsi que dans la prolongation de la crise malgache malgré la condamnation du putsch par la communauté internationale.

Certes, Bourgi n’a pas fait mention de Madagascar parmi les six pays qu’il a cités comme faisant partie des réseaux françafricains, et dont les dirigeants payaient en quelque sorte un tribut à leurs homologues et maîtres français, en échange d’une protection contre les opposants et de la liberté de s’enrichir tranquillement aux dépens de leurs populations. Mais ceux qui ont suivi les évènements survenus à Madagascar ont bien reconnu tous les ingrédients d’une intervention françafricaine : diabolisation par les médias français du dirigeant à éliminer, va et vient de porteurs de valises d’argent avant, pendant et après le putsch, arrivée de "spécialistes" présentés comme des journalistes ou des membres du personnel d’ambassade, encadrement de l’armée par des "assistants techniques", soutien apporté par la diplomatie française auprès des organisations régionales et internationales.

En l’occurrence, Bourgi et ses amis se donnèrent beaucoup de mal en 2009 pour obtenir de Kadhafi l’envoi à Antananarivo d’un avion pour amener Andry Rajoelina à Tripoli dans l’espoir de le faire parrainer par "le Guide" au sein de l’Union Africaine. Dans une interview sur une chaîne de télévision française assurant la promotion de son image, Andry Rajoelina déclara toute son admiration pour Kadhafi qu’il considérait comme son modèle.

Dans la situation financière où se trouvent actuellement les caisses de l’Etat malgache, compte tenu des sanctions internationales, Bourgi n’attend sans doute pas encore du chef putschiste des mallettes remplies d’espèces sonnantes et trébuchantes, comme il a déclaré - étant à présent travaillé dit-il "par sa conscience" (sic !) – en avoir rapporté souvent d’Afrique. Sa présence, ainsi que celle de Balkany et de quelques officiers français à la cérémonie de célébration par les putschistes de l’indépendance de Madagascar le 26 juin 2009, célébration pourtant boycottée par toutes les représentations diplomatiques, peut être comprise comme un investissement pour le futur. Les ressources minières et pétrolières de la Grande Ile ne sont-elles pas prometteuses ?

Il est intéressant d’étudier les différentes réactions des invités aux nombreux débats suscités sur les chaînes de télévision françaises par les déclarations de Robert Bourgi.
Il y a ceux qui sont indignés. Ceux qui sont embarrassés et veulent nous faire croire contre toute logique que la Françafrique c’est fini. Ceux qui veulent assumer et tant pis pour les Africains.
Il sera encore plus intéressant de susciter les réactions des populations concernées.
Plus que jamais, ceux d’entre nous qui ont accès à ces débats et aux documentaires qui les accompagnent, avons un devoir de partage avec ceux qui en sont privés.
Enregistrons ces informations. Diffusons-les à destination des Maliens, des Mauritaniens, des Guinéens, des Nigeriens. Et des Malgaches bien sûr.
Car ainsi que le disait Vincent Hugeux, fin connaisseur de l’Afrique, "la Françafrique est peut-être morte, mais son cadavre bouge encore beaucoup" !

Les Inconditionnels de Madagascar,
À l’Ile de la Réunion

Commenter cet article