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rov@higa

Madagascar Résistance: Lettre numéro 47

20 Janvier 2011, 14:45pm

Publié par Madagascar Résistance

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Bonne chance aux Tunisiens !

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Depuis la restauration de leur indépendance, les Tunisiens goûtent pour la première fois au bonheur d’avoir chassé un

dictateur. Après la longue dictature de Bourguiba, ils viennent de mettre fin à 23 ans de règne de ben Ali. Leur joie, leur

fierté, leurs immenses espoirs nous touchent, car nous avons connu comme eux, et nous subissons encore aujourd’hui, le

malheur de devoir vivre sous la férule de dirigeants non choisis, voleurs de libertés.

L’indulgence ou la complicité active dont les deux dictateurs tunisiens ont bénéficié de la part de pays se posant en

chantres de la démocratie et des droits de l’homme ont amené les Tunisiens à devoir attendre cinquante ans avant cette

éclaircie. Et ce n’est qu’une fois le dictateur vaincu que ces pays volent maintenant au secours de la victoire et assurent

vouloir se tenir aux côtés du courageux peuple de Tunisie.

Chaque avancée de la démocratie en Afrique ne peut que nous réjouir et nous réconforter.

Souhaitons le meilleur aux Tunisiens dans la tâche de refondation d’un Etat démocratique à laquelle ils doivent

maintenant s’atteler.

 

COMPARAISON AVEC MADAGASCAR

On ne le sait pas assez, mais en 50 ans, Madagascar a donné plusieurs fois un exemple réussi de lutte contre un

dictateur. On ne le sait pas assez parce que l’ancienne puissance coloniale qui mit en place le club des dictateurs dans toute

l’Afrique francophone afin qu’elle demeurât son « pré carré », manoeuvra à chaque fois pour bannir ces mauvais exemples

malgaches des médias français et internationaux. L’éloignement et l’insularité de Madagascar rendaient le silence média plus

facile qu’au Maghreb.

Ainsi, alors que les Houphouët Boigny, Léon Mba, Mobutu et autres présidents à vie, rebaptisés pour la bonne cause

« grands sages de l’Afrique » pour avoir imposé à coups d’atteintes à toutes les libertés la stabilité dans le fameux pré

carré, continuaient à sévir, une première révolution pacifique dont le moteur fut la jeunesse malgache mit fin en mai 1972 au

régime de plus en plus autoritaire de Philibert Tsiranana que ses thuriféraires voyaient en président à vie. Très peu de monde

en fut informé en dehors de Madagascar.

En 1991-1992, neuf mois de manifestations non violentes appuyées par une longue grève générale des travailleurs

eurent raison du régime du capitaine de frégate Didier Ratsiraka, élu démocratiquement en 1977, devenu amiral par la

grâce d’une assemblée aux ordres, et dont les promesses de lendemains qui chantent furent ensevelies sous le désir

contagieux d’une présidence à vie. Malgré la présence de nombreux journalistes étrangers, lors des manifestations qui

drainèrent alors quotidiennement plusieurs centaines de milliers de personnes sur la principale avenue d’Antananarivo, cette

lutte victorieuse du peuple malgache ne fit la une des journaux et des télévisions ni en Europe ni ailleurs dans le monde. Le

choix de combattre la violence par la non violence dans le droit fil de Gandhi et de Martin Luther King aurait pourtant mérité

davantage d’attention et de respect dans un monde de plus en plus violent. C’est que le bouillant Didier Ratsiraka qui avait

dirigé la renégociation des accords de coopération avec la France et avait osé nationaliser les grandes sociétés

françaises issues de la colonisation s’était entre temps assagi et avait intégré le club et les règles du jeu de la

Françafrique.

Le peuple malgache dut livrer un nouveau combat en 2001-2002 pour faire respecter son vote après les élections

présidentielles de décembre 2001 qui opposa Marc Ravalomanana à Didier Ratsiraka, réélu de justesse en 1997 face au

président sortant d’alors, Zafy Albert.

Comme en 1991, des manifestations pacifiques quotidiennes rassemblèrent des foules qui feraient rêver les politiciens et les

syndicats en Europe ou aux Etats-Unis. Certains jours, près d’un million de personnes se trouvèrent réunies sur la place du 13

mai à Antananarivo, sans qu’une seule vitrine de magasin fût brisée. Cette lutte non violente commencée en décembre 2001 ne

prit fin qu’en juillet 2002 avec la reconnaissance internationale de l’élection de Marc Ravalomanana. Qui, en Europe, aux Etats-

Unis, au Maghreb et Afrique sub-saharienne a été informé de cette magnifique épopée non violent du peuple malgache ?

Quelques diplomates, les patrons de multinationales ayant des intérêts à Madagascar, mais surtout pas le public français

ou africain. D’autant que Marc Ravalomanana n’était pas le bienvenu, mais constituait, comme Zafy Albert en 1992, un exemple

dérangeant.

 

ATTENTION, UNE VICTOIRE PEUT ETRE CONFISQUEE !

S’il y a une leçon qui peut être tirée par les citoyens malgaches, c’est que la victoire est fragile.

Elle l’est d’autant plus que la dictature a duré longtemps : les réseaux politiques et les réseaux financiers des dictateurs

déchus ont eu le temps de se développer et de s’ancrer profondément dans le pays et à l’extérieur. Ces réseaux gardent

longtemps une grande capacité de nuire.

L’affaiblissement des valeurs morales et civiques, fruit inévitable d’un régime dictatorial chez les hauts fonctionnaires de

l’administration et chez les opérateurs économiques ayant bénéficié des dérives du régime, constitue une autre menace grave

pour la pérennisation du changement pour lequel les citoyens de base ont pourtant risqué leur vie.

Enfin, les puissances étrangères ayant apporté leur appui intéressé aux dictateurs, demeurent des adversaires potentiels des

dirigeant ayant succédé à leurs poulains. C’est là, sans doute, le risque le plus grand encouru par les nouveaux régimes

démocratiques.

Les Malgaches paient très cher aujourd’hui leur victoire de 2002 : un coup d’Etat savamment orchestré dès janvier 2009

plonge leur pays depuis deux ans dans un chaos institutionnel sans précédent. A la déliquescence de l’Etat s’ajoutent la

violence sous toutes les formes, la destruction de l’économie, la confiscation de toutes les libertés individuelles et

collectives, l’aggravation quotidienne de la pauvreté, avec tout ce que cela entraîne comme travail de sape contre les

valeurs qui avaient permis les victoires de 1972, 1991 et 2002.

Ces valeurs étaient le refus de la violence, la ténacité, le courage de surmonter la peur, le sens de la solidarité et du partage.

Elles sont mises à très rude épreuve dans l’atmosphère qui règne actuellement à Madagascar.

Puissent les évènements de Tunisie rappeler aux Malgaches aujourd’hui éprouvés que nulle dictature

n’est invincible.

Puissent leurs luttes passées et les victoires durement arrachées leur demeurer comme autant de

références porteuses d’espoir.

 

Les Inconditionnels de Madagascar,

À l’Ile de la Réunion

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