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Lundi 21 juin 1 21 /06 /Juin 10:22

Parution dans « MADAGASCAR-MAGAZINE » d’un document concernant le point de vue de Patrick RAJOELINA  Président du mouvement civique  FANORENANA  « Refondation ». Nous vous rappelons que Patrick RAJOELINA (qui n’a aucun lien familial avec  Andry RAJOELINA) est membre à part entière du Conseil Constitutionnel de Madagascar. Ce document renferme des points de vue  intéressants sur le parcourt politique malagasy en 50 ans d’Indépendance.

rovahiga

 

 

MADAGASCAR,  50 ANS de  dépendances, d’instabilité et de destruction de la nature !

Le temps est venu de la Refondation !

 

Le jour anniversaire des 50 ans de l’ « indépendance octroyée » du 26 Juin 2010 sera un jour à la fois triste, par le bilan de ce demi siècle de gâchis, mais aussi un jour d’espérance pour l’opportunité qui nous est faite aujourd’hui de poser les bases de la refondation d’une Nation en plein désarroi.

Il n’est pas révolutionnaire de dire que ces 50 ans passés ont été pour Madagascar une longue période de souffrance, qui a pour triste illustration l’état économique, institutionnel et sanitaire que nous constatons aujourd’hui.

Qu’ont-ils fait, les politiciens de ce pays luxuriant, gorgé de ressources naturelles et riche de son peuple qui n’aspire qu’à une chose : vivre en paix, manger à sa faim tous les jours, pouvoir se soigner, éduquer ses enfants, profiter d’une nature protégée…

Au lieu de cela, depuis « l’indépendance octroyée », à quoi a-t-on assisté ?

L’instabilité politique a frappé de plein fout les efforts des citoyens pour faire de notre pays une nation libre et prospère.

Dès les premiers temps de l’occupation coloniale, beaucoup de femmes et d’hommes, les Menalamba et autres patriotes malagasy ont combattu, sont morts ou ont été incarcérés pour avoir voulu que notre Patrie redevienne un Etat indépendant, tel qu’il «était du temps de nos reines et nos rois.

Beaucoup de trahisons, de mauvais coups et de rumeurs malfaisantes ont fait que notre Pays ne puisse, dès 1947, accéder sereinement à une large autonomie, en harmonie avec ses voisins, puis à une indépendance réelle. Car les Héros du 29 Mars 1947 ne voulaient pas d’une indépendance mal construite. Ils voulaient une douce vers la vraie indépendance, une indépendance qui aurait rassemblé tous les enfants de Madagascar.

Au lieu de cela, les combattants héroïques de 1947 ont été trahis, puis finalement incarcérés, exilés, voire assassinés… parfois par des compatriotes !

Plus tard, le 13 Mai 1972, ce sont les étudiants qui manifestent contre la corruption du régime pos-colonial d’alors et essuient les balles de la police faisant de nombreux morts. La foule appelle le Général Gabriel  RAMANANTSOA, marié à une Française, paisible saint-cyrien retraité de l’armée française, retiré en France, pour ramener l’ordre public et institutionnel  et construire une transition pacifique. Ce qui qu’il fit en sauvant Madagascar d’un chaos meurtrier.

Le 10 Août 1991, l’amiral rouge Didier RATSIRAKA, président d’une république « démocratique » de Madagascar ; envoie ses hélicoptères de combat sur une foule venue manifester pacifiquement pour demander la fin d’un régime corrompu qui laisse un pays exsangue après plus de quinze ans de régime exotique, version Corée du Nord !

Le 26 Juin 2002, sans qu’il puisse être formellement établi qu’il fut majoritaire dans les urnes dans les élections présidentielles de décembre 2001, Marc RAVALOMANANA est reconnu élu par les Etats Unis d’Amérique, puis quelques jours plus tard, par  la communauté internationale.

Le 7 Février 2009, la garde présidentielle de Marc RAVALOMANANA ont tiré sur la foule venue manifester pacifiquement près du palais d’Ambohitsirohitra, siège de la Présidence. On relève près d’une vingtaine de morts par balles.

Le 17 Mars 2009, jour de la Saint Patrick ! Marc RAVALOMANANA, confronté à d’imposantes manifestations populaires, transmet le pouvoir  à un triumvirat militaire qui le cède immédiatement au maire d’Antananarivo, Andry RAJOELINA qui devient président de la Haute Autorité de la Transition.

Cinq dates symboliques qui montrent combien les secousses, parfois violentes de la vie publique, l’errance dilettante des politiciens et leur manque de vision pour le pays ont fait de Madagascar l’un des pays les plus pauvres du monde.

Ce qui se passe à Madagascar depuis 50 ans est évidemment la conséquence de cette gouvernance déplorable exercée par des politiciens dont l’échelle de valeur se situe au niveau de la cylindrée de leurs rutilants 4X4 et des somptueuses villas qui sont autant d’affronts à ce peuple (vahoaka) dont certains n’ont que ce mot à la bouche à longueur de discours populiste… lorsqu’ils n’appellent pas la religion à dresser les Malgaches les uns contre les autres !

L’image pathétique que donne de notre pays les politiciens ne serait risible si les ressorts du patriotisme n’étaient pas cassés, ou du moins bien mal en point ! En effet, où sont ces vertus ancestrales qui ont fait de la Nation Malagasy, depuis des siècles, un pays paisible, fier de ses valeurs humanistes de solidarité, accueillant et ouvert sur les autres. Qui a cassé ce ressort ?

Certaines bonnes âmes diront que c’est l’étranger qui est la cause de tout cela. D’autres évoqueront la fatalité ou la « cruauté » du monde qui nous entoure… Ce n’est évidemment pas l’étranger qui est la cause de tous ces maux ! C’est encore moins « le monde extérieur » qui a plongé notre pays dans cet immense désarroi !  C’est tout simplement cette gouvernance à la « petite semaine » qui n’a donné aucun souffle à nos aspirations de bien vivre dans un pays calme et aucun relief à la parole de Madagascar dans le monde.

Il faut donc profiter aujourd’hui de ce moment qui est un tournant pour notre civilisation malagasy pour jeter les bases de la Refondation de notre Nation.

Il nous faut surtout en profiter pour réfléchir à notre avenir collectif, construire notre réflexion et entamer enfin ce vaste chantier de la Refondation. Il y a urgence, aujourd’hui, pour apporter des propositions concrètes, chiffrées et réalisables à nos compatriotes.

Et cette Refondation (Fanorenana) de notre nation malagasy doit se faire autour de nos vraies valeurs, celles de la solidarité, de la non-violence et du dialogue entre tous. Ces vraies valeurs ancestrales qui sont tellement différentes de ces « valeurs »  meurtrières et de ces comportements cyniques que sont l’incompétence et la corruption érigées en mode de gouvernance (pillage systématique de nos terres, de nos entreprises publiques, de nos mines, de notre bois… et bientôt pourquoi pas, de notre main d’œuvre jetée en pature aux négriers internationaux !).

La Refondation de notre Nation, c’est avant tout la mobilisation de notre économie. Car autant il est facile de brûler les outils de production (entreprises, commerces, entrepôts…), autant il n’est pas aisé de (re)construire une vraie économie où la liberté est laissée aux vrais entrepreneurs.

La Refondation passe aussi par la réforme de notre société. est -il digne aujourd’hui de n’avoir pour  seule perspective que l’angoisse du lendemain dans un pays qui pourrait être facilement le « grenier à riz » de la région du sud-ouest de l’Océan Indien ?

Les femmes, les jeunes, les intellectuels et autres diplômés, porteurs d’un vrai savoir-faire qui ne peut s’exprimer, doivent se donner la main et prendre toute leur part dans la (re) consctruction de l’édifice national, notre maison commune.

Devrai t on s’excuser d’être cultivé, diplômé et ouvert sur l’extérieur ? Pourquoi n’y a-t-il pas de perspective ? Pourquoi ceux qui ont dirigé ce pays depuis des décennies ont-ils fermé des écoles et brimé des talents… ces talents qui, de guerre lasse, s’en sont allées à l’extérieur ?

En effet, le temps est venu de la Refondation, de cette Troisième voie qui conduira un Peuple majeur, le nôtre, ailleurs que dans le mur, l’humiliation et la désolation !

Et n’en déplaise à certains féodaux, diriger un pays nécessite un minimum de talent, de formation et de savoir-faire ! C’est vrai dans tous les grands pays ! Alors mettons- nous aux normes ! Ce n’est quand même pas une insulte que de demander pour notre Grande Ile des dirigeants intelligents, cultivés et lettrés. Et Dieu sait que Madagascar ne manque pas de ces personnes de talent !

Mais refonder notre Nation signifie en premier lieu qu’il faut nous accorder sur le sens que nous souhaitons donner à notre Destin. Et cela ne peut se construire que dans la non violence, le consensus, la solidarité et l’élan fraternel, le Fihavanana.

Et de ce point de vue, les bâtisseurs de cette Refondation doivent être des Sages, des personnes d’expérience, des érudits, des Olona manga.

A nous de trouver le meilleur moyen d’aller vers cette Refondation, cette Troisième voie. Celle qui nous permettra, pour les années à venir, d’emprunter ces chemins enrichissants de l’écoute de l’autre. Celle qui nous permettra de construire tous ensemble un avenir serein pour nos enfants et de jeter les bases de la prospérité économique pour nous tous. Ho an’ny Tanindrazana !

 

Patrick RAJOELINA

Essayiste, professeur de droit,

Président du mouvement civique FANORENANA « REFONDATION »      

 

Par rovahiga - Publié dans : COMMUNIQUE - Communauté : DON-TANDROKA
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