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rov@higa

JUSTICE ET DROITS DE L'HOMME à MADAGASCAR (15/05/12)

15 Mai 2012, 11:53am

Publié par rovahiga

REVUE DE PRESSE - 1ERE QUINZAINE DE MAI 2012

 

15 mai 2012

LES POINTS FORTS DE LA QUINZAINE

Les entités signataires de la feuille de route se sont retrouvées à 2 reprises pour tenter de s’accorder sur l’application des articles de le feuille de route qui constituent un obstacle majeur à la poursuite du processus, ceux qui portent sur les mesures d’apaisement, l’arrêt des poursuites judiciaires et le retour de Marc Ravalomanana. Rencontres qui se sont tenues dans une ambiance tendue. Les formations proches du pouvoir ont boycotté la seconde rencontre.

 

La CENIT s’efforce d’accélérer la mise en place de ses démembrements. Sa présidente n’a pas renoncé à organiser une élection d’ici la fin de l’année, elle est appuyée dans sa démarche par les chefs de région et des organisations de la société civile comme le SeFaFi. Le calendrier et l’ordre des élections seront arrêtés en fin de mois à l’issue des missions internationales d’évaluation qui de déroulent actuellement. L’UE devrait faire connaître le montant de sa contribution financière, sous réserve que soient levés les derniers obstacles politiques, notamment les questions liées à la mise en œuvre de la loi d’amnistie. Depuis le démarrage de l’opération délivrance de cartes identité nationale et de copies d’acte de naissance, en 2010, le ministère de l’Intérieur annonce que 2.360.000 électeurs auront pu être inscrits sur les listes. La présidente de la CENIT annonce que la liste électorale ne sera pas refondue mais seulement révisée.

 

La session parlementaire ordinaire s’est ouverte en l’absence de la mouvance Ravalomanana, qui a reçu instruction de se retirer temporairement de toutes les institutions de la Transition, jusqu’à ce que la Troïka de la SADC se prononce sur le mémorandum qu’elle lui a fait parvenir. Le Parlement aura notamment à examiner le projet de loi sur Comité pour le Fampihavanana malagasy (CFM), laborieusement élaboré par l’exécutif et sans la participation de la mouvance de l’ancien président.

 

La tentative de rassemblement de la mouvance Ravalomanana du 28 avril place de la Démocratie a provoqué des troubles au centre-ville, les manifestants ont été pourchassés mais aucun incident grave n’a été déploré. 3 manifestants ont été arrêtés puis relâchés. La présence sur les lieux de 2 représentants du bureau local de la SADC a suscité de vives réactions du pouvoir. A l’occasion de le Fête du travail, les partisans de la mouvance sont sortis de l’enceinte du Magro pour se rendre sur la place du 13-Mai, bravant une nouvelle fois les autorités. Les forces de l’ordre se sont montrées discrètes et la manifestation s’est déroulée dans le calme. Un nouveau meeting de la mouvance, le 12 mai, place de la Démocratie, n’a pu se tenir. Les lieux étaient fortement gardés par les forces de l’ordre. Les dirigeants ont invité la foule à se diriger vers le Magro de Behoririka. Des irréductibles ont, en chemin, décidé de s’attarder sur l’avenue de l’Indépendance, provoquant quelques incidents. La journée du 13 mai, 40ème anniversaire de la chute de la Ière République, a été relativement calme, les forces de l‘ordre se sont abstenues d’intervenir contre quelques « casseurs ». Les plus déterminés des opposants ont regretté que leurs leaders se soient esquivés durant ces 2 journées, ils se sentent trahis et l’ont fait bruyamment savoir.

 

L'escalade s’est poursuivie entre le régime et la mouvance Ravalomanana, avec la décision de ses représentants de ne plus siéger dans les institutions de la Transition. Le fonctionnement du gouvernement Beriziky s’en est trouvé affecté et le premier ministre leur a fait parvenir une lettre de rappel pour les mettre face à leurs responsabilités. Les relations auraient pu se détériorer un peu plus avec les tracasseries policières que la DST a imposé de nouveau à l’homme d’affaire américain John Ferry à son retour à Madagascar. Il est considéré comme proche de Marc Ravalomanana et de son fils Tojo qui négocie actuellement le redémarrage du groupe Tiko. L’ambassade des États-Unis s’est montrée très active pour obtenir sa remise en liberté. La mouvance, mise à mal par l’adoption de la loi d’amnistie, a multiplié les initiatives pour faire pression sur le régime et la SADC. Une mobilisation qui n’est pas étrangères à l’annonce d’une nouvelle visite de Marius Fransman, vice-ministre sud-africain chargé des Relations internationales et de la coopération.

 

L’opposition a annoncé la constitution d’un « front » composé des anciennes « Trois mouvances », du Mouvement des ecclésiastiques (HMF), du Monima de l’ancien PM de la Transition Monja Roindefo. Ils font le constat qu’« Andry Rajoelina, président de la Transition, constitue le blocage vers une résolution de la crise ». Des voix se font entendre à nouveau pour exiger que les prochaines élections soient organisées par une entité indépendante, ce qui impliquerait la démission d’Andry Rajoelina et la mise à l’écart de la mouvance Ravalomanana.

 

Le SEFAFI dénonce l’absence de volonté des acteurs politiques de sortir de la crise et de la Transition. L’organisation a mis sévèrement en cause les hommes politiques de tous bords lors de la présentation de son recueil de communiqués publiés au cours de l’année 2011, intitulé « L’ année de la honte ». Le FFKM indique pour sa part ne plus vouloir rester insensible à la conjoncture politique, il entend prendre ses responsabilités mais cette déclaration d’intention est jugée bien tardive : voici 2 mois que les Eglises s’interrogent sur le rôle qu’elles pourraient jouer dans le processus de sortie de crise…

 

L’appel de l’universitaire Raymond Ranjeva a recueilli 20.000 signatures. Son « mouvement de citoyens » se fixe pour objectif de mettre un terme à la situation dans laquelle se trouve le pays, et ce, dans le respect du droit international. Il est nécessaire selon lui de mettre en place une enquête internationale portant sur la matérialité des fais constitutifs de la crise afin d’éviter pour l’avenir la répétition d’actions de prise de pouvoir par la force. Le mouvement prône également la mise en place d’une transition neutre, composée de techniciens expérimentés.

 

La SADC, après une période d’attentisme que lui reproche les forces politiques, s’est déclarée « profondément préoccupée » par l’impasse actuelle et brandit la menace de sanction à l’encontre des leaders politiques qui ne jouent pas le jeu. Elle déplore une « cohabitation insuffisante » entre les parties prenantes et invite les acteurs à rectifier le tir. « Il reste d’importants défis politiques qui nécessitent une solution urgente avant que Madagascar n’organise des élections libres et équitables ». Le bureau local de la SADC a été renforcé pour préparer la venue prochaine de Marius Fransman. La mouvance Ravalomanana a adressé une lettre au chef du bureau de liaison de la SADC pour justifier son retrait temporaire des institutions, en attendant que des mesures concrètes soient prises pour, dit-elle, faire respecter « l’esprit et de la lettre de la feuille de route ».L’UE a également manifesté son inquiétude quant à la préparation du cadre électoral et à l’adoption de mesures d’apaisement. Elle se dit préoccupée par l’attitude de la mouvance Ravalomanana et la non-participation de la mouvance Zafy au processus de sortie de crise.

Les bombes artisanales ont refait leur apparition, visant une station de pompage de la Jirama, des véhicules de l’Institut Français de Madagascar et un grand magasin d’électronique. Un couple franco-mauricien a été enlevé et une rançon a dû être versée pour obtenir leur libération. Deux « ombiasy » [sorciers] auraient voulu intenter à la vie d’Andry Rajoelina, ce qui ne convainc guère la presse. Ils ont été interpellés, annonce le directeur de la DST, au domicile du ministre de la Pêche, membre de la mouvance Zafy, qui dénonce un coup monté. Le climat d’insécurité continue à préoccuper la population et les opérateurs du tourisme.

 

Le jugement de deux personnalités de la mouvance Ravalomanana, Manandafy Rakotonirina, du MFM, et Ihanta Randriamandrato, actuelle ministre de l’Elevage, a été reporté. Les deux prévenus, inculpés de « destruction des biens d’autrui et de rassemblement sans autorisation », ont refusé de comparaître. Le président du MFM est inculpé en outre d’usurpation de titre pour s‘être proclamé premier ministre des « légalistes » place de la Démocratie en 2009. Cette convocation est intervenue au lendemain de la rencontre entre la mouvance et le premier ministre à l’issue de laquelle celui-ci avait promis d’enclencher la procédure d’arrêt des poursuites judiciaires à connotation politique. Un courrier a été adressé en ce sens à la ministre de la Justice.

 

Mamy Rakotoarivelo, président du Congrès, est convoqué devant la Cour criminelle le 18 mai.

Le procès de la mutinerie de la FIGN du 20 mai 2010 n’a pas apporté d’éclaircissements sur la supposée somme de 500 millions Ar qui est au cœur de l’affaire. le colonel Andrianjafy, accusé d’avoir été l’instigateur de la mutinerie, a écopé d’une peine de 6 ans de travaux forcés ainsi que de 5 années d’interdiction de sortie du territoire pour levée de troupe armée. Accusé initialement d’« incitation à la guerre civile », l’inculpation a été commuée en acte de « rébellion ».13 autres gendarmes mutins ont été condamnés à 5 années de travaux forcés et autant d’interdiction de sortie du territoire pour rébellion. Tous les civils inculpés ont bénéficié d’une relaxe, soit pure et simple, soit au bénéfice du doute.

 

Lalatiana Rakotondrazafy et Fidèle Razara Pierre, animateurs de la station radio Free FM, ont été placés en garde à vue le 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse. Ils ont été convoqués suite à la plainte déposée par Mamy Ravatomanga, président du groupe Sodiat, proche d’Andry Rajoelina, qui leur reproche de l’avoir mis en cause dans une émission quotidienne de la station. A leur remise en liberté, ils ont demandé le limogeage du ministre de la Communication, exigence appuyée par le syndicat des journalistes (SJM) dont Lalatiana Rakotondrazafy est secrétaire générale. Ils réclament la réouverture des stations radios et TV fermées par le régime de Transition comme par le régime Ravalomanana. Leur défense a déposé à son tour une plainte auprès du Bianco contre l’auteur de la requête. RSF est intervenu en faveur des animateurs. Les animateurs devront être convoqués à nouveau, suite à une plainte déposée par la PDG de la société Kraomita Malagasy pour « diffusion de fausses nouvelles et pour diffamation par voie de presse ». En outre, une procédure a été engagée pour faire expulser la station du terrain qu’elle occupe. Le 1er anniversaire de la station, le 13 mai, s’est déroulé sans incident. L’appel au limogeage du ministre ne fait pas l’unanimité dans le monde de la presse, plusieurs organes ont pris leur distance. Le SJM et Free FM annoncent l’organisation d’une manifestation devant la stèle de la liberté de presse dans le quartier de Soarano. Le ministre a saisi la Commission spéciale à la communication audiovisuelle (CSCA) qu’il préside. Il entend faire la démonstration que le SJM et Free FM sont désavoués par la majorité des organes de presse et des journalistes et il réaffirme que la liberté de la presse n’est pas menacée.

 

Le premier ministre a annoncé la mise en place d’une commission interministérielle chargée du contrôle et du suivi de toutes les actions relatives aux principes et respects des droits de l’homme. Elle aura pour objectifs de « démontrer la volonté ferme du gouvernement de respecter et faire respecter les principes des droits de l’homme ; de motiver le retour de Madagascar dans le concert des Nations ; ainsi que de trouver des solutions concrètes et pérennes aux problèmes liés aux droits humains à Madagascar (trafic humain, kidnapping, tourisme sexuel, droits des employés migrants…) ».

 

La crise politique semble virer progressivement en une crise sociale et économique profonde. Roland Ratsiraka, vice-président du CST, en rend responsable le pouvoir qui donne l’impression, par ses annonces et inaugurations, « qu’il a de l’argent ».

 

Le conflit des enseignants du primaire et du secondaire s’est durci. Le gouvernement affirme ne pas être en mesure de satisfaire des revendications jugées exorbitantes. Les grévistes ont été menacés de sanctions, ils ont déposée une plainte de réserve auprès du Conseil d'État. L’organisation des examens pourrait être compromise. Un groupe muni de grenades offensives a tenté de s’en prendre aux élèves manifestant au centre-ville de la capitale. Un ex-parlementaire du Congrès ainsi qu’un membre en fonction du CST seraient les principaux cerveaux de cet attentat avorté.

 

La rentrée universitaire demeure hypothétique, les enseignants-chercheurs vont achever en juin l’année universitaire 2010/2011 mais menacent de se remettre en grève si tous les engagement pris par le ministère ne sont pas respectés.

 

Le syndicat des paramédicaux et des médecins fonctionnaires, ainsi que le syndicat des magistrats menacent le pouvoir de déclencher à nouveau un mouvement de grève.

L’Union des Coopératives des Transporteurs Urbains (UCTU) de la capitale a lancé un mot d’ordre de grève qui a été annulé au dernier moment.

 

es risques sanitaires et environnementaux liés au traitement des minerais par Sherritt ont mobilisé le collectif Tany. Le conseil des ministres a été contraint d’évoquer ce dossier. Les Amis de la terre interpellent l’Europe sur les risques environnementaux et sociaux de l’exploitation des terres rares si le modèle chinois n’est pas remis en cause.

 

30.000 exploitants illicites de saphir ont envahi le noyau dur d’une aire protégée à Ambatondrazaka, dénonce l'Alliance Voahary Gasy. Expulsés une première fois, ils sont revenus en force. La situation est devenue incontrôlable.

Les compagnies membres du groupe thaïlandais Panafrican mining (PAM) ont officialisé leur adhésion au processus EITI. Elle figureront dans le rapport de réconciliation 2012 mais aucune des compagnies chinoises ne s'est encore prononcée officiellement, parmi elles Wisco, titulaire du permis du gisement de fer de Soalala, ce qui risque de provoquer la radiation de Madagascar, un an après avoir été suspendu, le 24 octobre2011.

 

Suite à un vol de bois de rose saisis par les autorités, 14 personnes ont été auditionnées. Elles ont cité 3 suspects, mandatés pas des exploitants de bois précieux. Plus de 200 individus, soupçonnés d'avoir participé à ce vol, auraient déserté Antalaha, laissant sur place femmes et enfants.

 

Tojo Ravalomanana, fils de l’ancien président, annonce la reprise prochaine des activités du groupe Tiko qui occupait 3.000 salariés avant la chute du régime. Le redémarrage reste toutefois suspendu au règlement d’un contentieux fiscal avec le pouvoir. La justice a donné gain de cause aux Impôts, Tiko a interjeté appel.

 

Une enveloppe financière de 100 millions d’euros, faisant partie des 570 millions d’euros du 10ème FED, destinée à soutenir la population la plus vulnérable, sera débloquée à partir de juillet. Cet appui financier couvrira les secteurs de l’éducation, de la sécurité alimentaire, de la société civile, de la réhabilitation de pistes et d’infrastructures routières. Ce déblocage a été obtenu grâce au constat de mise en œuvre progressive de la feuille de route. Une reprise graduelle des financements de l’UE sera effectuée au-delà de ces 100 millions d’euros si l’UE constate une évolution satisfaisante du processus de sortie de crise d’ici la fin de l’année.

 

Les économistes universitaires déplorent la situation économique du pays. Ils proposent de prendre les rênes des ministères économiques. Ils mettent l'accent sur la chute considérable du PIB per capita, passé de 400 dollars en 1960 à moins de 250 dollars en 2011. Cette situation explique l'ampleur alarmante que prend le taux de pauvreté : 76,5% contre 68% en 2008. 82,2% de la population rurale vit avec 0,40 euros par jour, au-dessous du seuil de pauvreté. « L'imminence d'une crise sociale grave n'est pas à écarter », explique l’un des universitaires. 

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