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rov@higa

A bâtons rompus avec SEM Jean Marc Châtaigner

23 Mars 2011, 11:21am

Publié par Tiatanindrazana.com

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Avant son départ pour l’hexagone, l’ambassadeur de France, SEM Jean Marc Châtaigner a accepté de répondre aux questions de Tia Tanindrazana. Entretien à bâtons rompus.

Tia Tanindrazana (TT) : La nomination du premier ministre Camille Vital reste toujours d’actualité, est-ce que ça va dans le bon sens de la résolution de la crise d’après vous ?

SEM Jean Marc Châtaigner (JMC): Je ne souhaite pas me prononcer sur la nomination d’un tel ou un tel, sur tel ou tel poste. Je ne pense pas que cela soit mon rôle de diplomate de me prononcer sur le choix du Premier ministre. D’abord, c’est avant tout une affaire entre les Malgaches. Pour sa part, la France est simplement attachée à la signature et surtout évidemment à la mise en place effective de la feuille de route pour sortir de cette crise qui a trop duré, cela dans l’esprit le plus large possible de compromis et d’inclusivité.

 

TT : En parlant justement de la feuille de route, on a échoué avec Maputo et Addis-Abeba, vous croyez que cette fois-ci c’est la bonne ?

JMC : Ecoutez ! Cette feuille de route a été élaborée sur le sol malgache, entre les parties Malgaches avec l’appui du représentant du médiateur de la SADC, le Dr Simao. Des amendements ont été soumis par les uns et par les autres, y compris par la mouvance de Marc Ravalomanana. Le contenu final de la feuille de route n’est pas très différent de celui des accords précédents. Mais bien entendu, on ne peut jamais garantir le succès... Nous pensons qu’il faut vraiment que toutes les bonnes volontés se rassemblent autour de la mise en œuvre de la feuille de route. J’invite toutes les parties concernées à participer à la mise en œuvre de cette feuille de route, pour participer notamment à la Commission nationale électorale indépendante, pour participer aux organes de contrôle de la transition pour s’assurer finalement que la transition aboutisse véritablement à des élections libres, démocratiques, crédibles, transparentes.

 

TT : On assiste actuellement au musèlement de l’opposition. Est-ce que vous partagez cet avis ?

JMC : Nous condamnons toutes les violences d’où qu’elles viennent. Nous appelons toutes les parties concernées à la fois les autorités et les partis qui soutiennent Andry Rajoelina et ceux de l’opposition à faire preuve de responsabilité, à essayer d’établir un dialogue politique constructif dans un cadre pacifique pour faire valoir leurs opinions. Cela passe par la participation de tous ceux qui le souhaitent aux mécanismes de contrôle, de surveillance, de réconciliation tels qu’ils sont prévus dans la feuille de route. Il faut bien entendu garantir les droits de l’opposition, mais il n’est pas non plus possible d’accepter les actes de déstabilisation qui visent à retarder la sortie de crise. Nous sommes préoccupés par tous les actes qui ne s’inscrivent pas dans l’esprit d’apaisement nécessaire à la bonne préparation des élections. .

 

TT : Dernièrement, il y a l’arrestation d’un chef de mouvance, ainsi que des journalistes, cela risque d’envenimer la situation qui est déjà explosive ?

JMC : En ce qui concerne le cas particulier de Mamy Rakotoarivelo qui fait l’objet d’une détention préventive, nous suivons avec une extrême attention la procédure judiciaire en cours. Il me semble que c’est un facteur qui pourrait ne pas aller dans le sens de la réconciliation et la résolution de la crise telle qu’elle est préconisée dans la feuille de route. Donc nous appelons toutes les parties concernées à faire preuve de responsabilité dans la mise en œuvre de cette feuille de route, à instaurer des mesures de confiance réciproque : d’une part, l’opposition ne doit pas se livrer à des provocations ou orchestrer des manifestations hostiles et, d’autre part, les autorités ne doivent non plus réprimer les manifestations pacifiques. Il faut trouver un équilibre entre les parties concernées et arrêter les cycles de violences et les invectives. Nous faisons confiance pour cela au dialogue et aux vertus du Fihavanana malgache.

 

TT : Mais, comment garantir cet équilibre ?

JMC : Il est indispensable qu’il y ait un mécanisme de concertation, de discussion, de dialogue qui permette l’expression démocratique. La feuille de route en est un premier cadre, certes imparfait, mais qui a le mérite d’éclairer le chemin à prendre. Ensuite, ce processus de dialogue doit se construire dans le temps. Il y a des choses positives à Madagascar comme la liberté de presse et c’est une chose qu’on doit reconnaître. Il faut procéder étape par étape pour essayer d’améliorer progressivement les choses et faire en sorte que la démocratie s’installe définitivement dans votre pays. Parmi les choses importantes à mettre en place, qui ont peut être manqué dans les dernières années, cela ne date pas de 2009, figure en particulier la reconnaissance de la place et d’un véritable statut de l’opposition.

 

TT : Qu’est ce que la Communauté internationale peut vraiment apporter à Madagascar pour sortir de cette impasse ?

JMC : La solution de la crise ne peut venir que des Malgaches eux-mêmes, elle ne peut pas venir de l’extérieur. Le fait de pouvoir s’entendre avec l’autre, le fait de pouvoir établir un dialogue avec l’autre, le fait de reconnaître l’autre, ça doit venir de Madagascar et des Malgaches. C’est une crise intérieure, c’est d’abord aux Malgaches de trouver une solution et nous pouvons vous accompagner dans la mise en œuvre de cette solution, si vous le souhaitez. La Communauté internationale, dans son ensemble, pourra apporter des financements pour l’organisation des élections, pour des projets de développement économique. Elle pourra apporter des mesures d’accompagnement, mais elle ne pourra jamais décider à la place des Malgaches !

 

TT : C’est un peu contradictoire par rapport à ce qui se passe en Libye ou en Côte d’Ivoire, où la Communauté internationale a clairement pris position.

JMC : Chaque crise est différente, chaque situation appelle des solutions différentes. Dans le cas de la Libye, que vous avez cité, ce qui explique la prise de position de la communauté internationale, ce qui justifie la position prise par la Ligue arabe, l’adoption par Conseil de sécurité des Nations Unies de la résolution 1973, ce sont les atteintes massives aux droits de l’homme qui ont été commises par le régime du Président Kadhafi. A partir du moment où il y a volonté manifeste de détruire une population, à ce moment-là, la Communauté internationale se doit d’intervenir. Fort heureusement, Madagascar n’a jamais été, et, je l’espère de tout mon cœur, ne sera jamais dans cette situation.

 

TT : Voilà maintenant deux ans que vous êtes ici à Madagascar, comment voyez-vous les choses, car les Malgaches se sentent meurtris ?

JMC : Madagascar est un pays vraiment extraordinaire, qui a des capacités humaines fabuleuses. Pour moi, il faut vraiment que les Malgaches croient en Madagascar. Et le jour où les Malgaches croiront en Madagascar, les choses décolleront, les choses changeront, les gens prendront confiance en eux mêmes. Madagascar a toutes les possibilités de son développement, de devenir un «dragon d’Afrique», de décoller économiquement à l’instar de pays asiatiques comme l’Indonésie ou les Philippines. Si je puis me permettre un conseil, mais il me semble que je suis peut être mal placé pour le faire, il faudrait peut être que les Malgaches s’interrogent moins sur ce que les autres pays, notamment la France, pensent d’eux ou sont supposés penser d’eux…. C’est aux Malgaches de penser leur pays, de croire à la Nation malgache et au développement de ce pays.

 

TT : Comment expliquez-vous la présence des militaires français dans des camps militaires malgaches, alors que la France ne reconnaît pas le régime en place. N’est-ce pas une forme d’ingérence ?

JMC : Je voudrais tout simplement rappeler que la France ne reconnaît que les Etats, elle ne reconnaît pas les gouvernements. Nous avons décidé de continuer à travailler avec l’Etat Malgache. En 2009, nous avons décidé de maintenir la coopération militaire avec Madagascar. Cette coopération entre les deux Etats est encadrée par l’accord de coopération de 1973 et par l’accord spécifique de coopération militaire qui a été conclu en 1997. C’est dans ce cadre légal que les militaires français travaillent ici, en nombre d’ailleurs très limité (15) et pour des missions étroitement définies. En revanche, nous avons arrêté toute coopération opérationnelle avec l’armée malgache jusqu’à ce que la situation soit clarifiée. Depuis mars 2009, il n’y a plus d’opération conjointe entre l’armée française et l’armée malgache sauf dans le cadre humanitaire, où nous intervenons aussi avec les ONG et les institutions internationales, à l’exemple de l’aide logistique apportée lors du cyclone Hubert en 2010 et récemment du cyclone Bingiza en février.

 

TT : Sur un tout autre domaine pour terminer, quel est la clé de réussite des sports français en général ?

JMC : Je pense que ce succès, qui est assez récent dans le temps, réside dans deux ou trois choses : la formation à long terme des jeunes. Il faut investir dans la jeunesse et dans le temps. Essayer d’accompagner les jeunes de classe en classe, de niveau en niveau. Vous ne pouvez pas former des sportifs de haut niveau à 20-25 ans : il faut repérer les potentiels dès l’âge de 10-15 ans. Il faut aussi avoir une certaine stabilité des équipes d’encadrement. Avec la formation, un bon encadrement, des objectifs réalistes, vous pouvez finalement réussir beaucoup de choses !

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