Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
rov@higa

21ème siècle : triomphe des libertés ou celui des dictateurs ?

2 Février 2011, 09:56am

Publié par Les Inconditionnels de Madagascar

Madagascar Résistance

Lettre numéro 49 – février 2011

http://Madagascar-Resistance.blog4ever.com

http://resize.over-blog.com/150x150.png?~aHR0cDovL3N0YXRpYy5ibG9nNGV2ZXIuY29tLzIwMTAvMDIvMzkwODI2L2FydGltYWdlXzM5MDgyNl8yNTg2MzI2XzIwMTAwMzE5MjIwNjQ5OS5qcGc=

21ème siècle : triomphe des libertés ou celui des dictateurs ?

 

Dans notre Lettre n°43 de décembre 2010, nous nous demandions si ce siècle serait celui du triomphe des dictatures dans le monde, car, écrivions-nous, «il flotte de nouveau sur tous les continents une ambiance malsaine : les discours xénophobes, racistes et liberticides ressurgissent et même s’amplifient aux Etats-Unis, en Europe, au Moyen Orient, en Asie et en Afrique ».

La crainte de voir les régimes non démocratiques se renforcer et augmenter en nombre nous paraissait justifiée par l’affaiblissement de la détermination des Etats-Unis et de l’Europe à défendre fermement les valeurs démocratiques. Les puissances occidentales sont vues pourtant par le reste du monde comme devant être les défenseurs de ces valeurs.

Cet affaiblissement, disions-nous, est dû en partie au travail de sape interne effectué par les tenants des thèses fascistes ou néonazies, qui retrouvent un terreau favorable à leur propagande, avec les retombées aux Etats-Unis et en Europe de la crise née des excès du capitalisme financier, mais aussi du nouveau rapport des forces économiques au niveau mondial. Mais nous pensions aussi que « plus que les extrémistes, c’est le cynisme des gouvernements occidentaux et la perte de crédibilité qui en résulte, qui est le plus grand ennemi intérieur des valeurs démocratiques ».

Le parallèle qui peut être fait entre la crise malgache, la crise ivoirienne, la révolution tunisienne et les évènements actuels en Egypte conforte notre analyse.

OU L’ON VOIT QU’IL YA DICTATURE ET DICTATURE.

Le président français a justifié sa position et ses différentes déclarations enjoignant Laurent Gbagbo de se retirer du pouvoir par le fait qu’il s’agissait, de la part de ce dernier, « d’un quasi coup d’Etat ». Le même président avait reconnu en mars 2009 qu’il y avait bien eu un coup d’Etat à Madagascar. Mais loin d’exiger le départ d’Andry Rajoelina, il a accordé et continue à accorder à ce dernier tout le soutien possible aux plans diplomatique, financier et logistique.

Le soutien diplomatique a été particulièrement efficace puisque deux ans après le coup d’Etat à Madagascar, seuls les Etats membres de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADEC) avaient appliqué les sanctions individuelles d’usage contre les personnes impliquées. A tel point que le dernier communiqué de l’Union Africaine, réunie dernièrement à Addis Abeba enjoignait encore les autres membres de la communauté internationale d’appliquer avec rigueur les dites sanctions.

Elles ont été bien plus rapides pour Laurent Gbagbo et son entourage.

Et que dire du zèle manifesté par les Européens pour geler les avoirs de Ben Ali et de son épouse en Europe ou pour saisir son avion en France!

Autre parallèle intéressant fait par un journaliste d’une chaîne de télévision française entre les réactions des Etats-Unis et de l’Europe touchant la révolte tunisienne contre Ben Ali et celle des Egyptiens contre Hosni Moubarak qui règne pourtant sans partage depuis 30 ans (sept ans de plus que Ben Ali en Tunisie !) : « aux Tunisiens le romantisme d’une libération, aux Egyptiens la realpolitik ». En effet, ni Washington, ni aucune capitale européenne n’a, jusqu’à ce jour où nous écrivons (01/02/11), demandé le départ du dictateur égyptien.

Bien entendu, les « experts » en realpolitik ont avancé que la Tunisie étant au Maghreb, c’est-à-dire aux portes de l’Europe, il était naturel d’entourer les Tunisiens de la sollicitude de leurs voisins du nord de la Méditerranée. D’autant plus qu’il fallait se faire pardonner un silence prudent au début de la révolte et de longues années d’indulgence complice avec leur dictateur.

Ces mêmes « experts » avancent cependant aujourd’hui que, Méditerranée ou pas, et malgré la soif de liberté des

Egyptiens, il faudra tout de même faire tout ce qui sera possible pour « sauver le soldat Moubarak », ce si fidèle allié.

Quand les Occidentaux comprendront-ils que cette soi-disant realpolitik relève en réalité d’une myopie politique ?

Quand comprendront-ils qu’ils se mettent en danger en sapant eux-mêmes leurs valeurs démocratiques, en raison desquelles pourtant beaucoup de pays dans le monde leur accordent encore une certaine admiration, voire un certain respect ?

LES ETATS-UNIS ET L’EUROPE DEVRAIENT ENCOURAGER LA PROPAGATION DE CES VALEURS DEMOCRATIQUES, ET

CELA POUR AU MOINS DEUX RAISONS.

La première est d’ordre stratégique en augmentant le nombre des Etats démocratiques qui seront autant d’alliés politiques potentiels ou, à tout le moins, des Etats non hostiles. Car ce que l’on peut constater au Pakistan ou en Afghanistan démontre, si besoin était, que des alliances volontaires fondées sur des valeurs communes seront plus solides et plus fiables que des alliances imposées par la force ou par l’argent. Et ce qui se passe actuellement au Maghreb et au Moyen Orient, et peut-être demain dans d’autres régions du monde, montre également que les dictatures engendrent tôt ou tard des révoltes populaires dont les issues finales, toujours incertaines, peuvent se retourner contre l’Occident, vu comme le protecteur des dictateurs chassés au prix du sang.

La seconde raison est à la fois d’ordre économique et politique.

L’agressivité de l’implantation industrielle et financière de la Chine menace déjà l’économie des Etats-Unis et de l’Europe.

Par ailleurs, la dépendance économique par rapport à la Chine qui se dessine dans de nombreux pays en développement, se transformerait inexorablement en dépendance politique en l’absence, dans ces pays, d’un système de gouvernement démocratique qui permettrait à leurs populations de débattre librement des choix de société et des alliances correspondant à ces choix.

LA BONNE NOUVELLE EST QUE, DEPUIS DECEMBRE 2010, UN VENT DE LIBERTE, PARTI DU MONDE ARABE, SOUFFLE

ACTUELLEMENT ET POURRAIT BIEN GAGNER LE RESTE DU MONDE.

Le besoin fondamental de liberté de toutes les femmes et de tous les hommes, par delà les différences de races, de cultures et de religions, fait échec aux diplomaties savantes et fait trembler les dictateurs.

La vraie realpolitik consisterait à reconnaître ce besoin fondamental et la force irrésistible qu’il peut donner aux peuples trop longtemps opprimés.

La vraie realpolitik consisterait à reconnaître que l’oppression des peuples fait le lit des extrémistes, fruits du désespoir.

Un jeune Algérien a déclaré récemment « Je suis mort avant d’avoir vécu. Je n’ai rien à perdre ».

De tels désespérés, si leur nombre venait encore à augmenter, constitueraient la plus grave menace pour notre monde commun.

Les pays occidentaux qui l’ont dominé pendant quatre siècles portent une grande part de responsabilité dans l’état du monde actuel.

Il est de leur devoir, mais aussi de leur intérêt, d’accompagner cette quête de liberté qui se manifeste aujourd’hui.

Pour que ce 21ème siècle ne soit pas celui des dictatures.

 

Les Inconditionnels de Madagascar,

À l’Ile de la Réunion

Commenter cet article